Un sage était assis à une table, une tasse de café entre les mains. Près de lui, son élève écoutait en silence.
En se levant, l’élève heurta brusquement le bras de son maître. La tasse vacilla. Le café se répandit sur la table.
— Pardonnez-moi, Maître. Je suis désolé d’avoir renversé votre café.
Le sage regarda la flaque brune s’étendre doucement devant lui.
— Sais-tu pourquoi le café s’est renversé ?
— Oui. Parce que je vous ai bousculé.
— Non, répondit le sage. Le café s’est renversé parce que c’est du café qui se trouvait dans la tasse. Si elle avait contenu du thé, c’est du thé qui se serait répandu.
L’élève resta silencieux.
Alors le sage ajouta :
Elle l’a toujours fait.
Elle le fera encore.
Lorsque cela arrive, ce qui se répand autour de nous n’est pas créé par le choc. C’est souvent ce que nous portions déjà, parfois sans même nous en rendre compte.
Si la tasse est remplie de colère, la colère déborde. Si elle contient de la peur, la peur se répand. Mais lorsqu’on y a déposé de la douceur, de la patience, de l’humour ou de la joie, ce sont aussi ces choses-là qui peuvent trouver leur chemin vers les autres.
Il ne s’agit pas de remplir la tasse de pensées positives forcées, ni de prétendre que la colère et la tristesse n’existent pas. Elles font partie de la vie. Il s’agit peut-être simplement de regarder ce que nous laissons s’accumuler en nous, jour après jour.
Nous ne choisissons pas toujours les secousses. Nous ne maîtrisons ni les gestes maladroits, ni les paroles qui heurtent, ni les imprévus qui renversent nos plans.
Mais nous pouvons parfois prendre soin de ce que nous cultivons à l’intérieur : ce que nous nourrissons, ce que nous répétons, ce à quoi nous faisons une place.
Et lorsque la vie bousculera de nouveau la tasse — parce qu’elle le fera — peut-être pourrons-nous observer, sans nous juger, ce qui vient de se répandre.
Qu’est-ce que je dépose dans ma tasse aujourd’hui ?
Cynthia · Les Voyages du Souffle
